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Porno, « nudes », préliminaires… À travers les témoignages de jeunes de 13 à 23 ans, Julie Talon analyse la découverte de la sexualité en 2021.

À l’ère des réseaux sociaux, le premier baiser a laissé place à des pratiques plus crues, véritables rites de passage vers l’âge adulte. Des ados et des jeunes témoignent de leurs premières expériences sexuelles. Instructif et poignant. 

Les jeux sexuels précoces ont toujours existé. Aujourd’hui, les ados les baptisent « prélis », une abréviation de « préliminaires ». Attouchements, fellations, cunnilingus… : à l’ère des réseaux sociaux, des « sextos » et de la « pornculture », ces pratiques remplacent souvent le premier baiser. Les passages à l’acte s’opèrent dès l’entrée au collège. Règles et codes de conduite pour ne pas être considéré comme « un dégonflé » ou une fille « qui n’ose pas » sont extrêmement bien établis : y déroger, c’est être mis au ban du groupe. Mais ces premières fois d’un genre nouveau sont souvent nimbées de peur, de honte, de culpabilité et de mensonge. Une perte d’innocence au goût amer…  
 


Rite initiatique 
La réalisatrice Julie Talon est allée à la rencontre de jeunes âgés de 12 à 23 ans, qu’elle interroge dans l’enceinte de leur établissement scolaire, à visage découvert pour certains majeurs. Afin de préserver l’anonymat des ados, elle a choisi de ne faire entendre que leurs voix, souvent brisées par l’émotion. Car cette parole libérée touche à des pratiques qui relèvent d’un rite initiatique vécu dans un contexte de contrainte et de violence insoupçonné par les adultes. Si les collégiens n’ont que peu de recul sur ce qu’ils sont en train de vivre, les jeunes sortis du secondaire se livrent à une analyse plus distanciée sur ces « prélis » et en tirent des leçons. Courageux et lucides, ils évoquent les contradictions entre la théorie et la pratique, et abordent les questions du consentement, du viol et du harcèlement, le tabou persistant de l’homosexualité ou encore le poids de la domination masculine.

En recueillant la parole libérée et mature de ces jeunes, la réalisatrice met en lumière les injonctions sociales écrasantes qui pèsent très tôt sur leurs épaules. « Je me sentais encore comme un bébé […] mais c’était hors de question que je fasse partie des filles qui ne couchent pas avant 19 ans », se souvient Lisa. « Il faut être le plus performant possible, sinon on passe pour un gros nase », explique Reda. « La découverte de la sexualité est présentée comme belle, mais seulement pour les hétéros », souligne Basile. Grâce à un montage précis et astucieux, Julie Talon expose en filigrane les lacunes de l’éducation sexuelle et le retard des adultes sur de nombreux sujets. Dans un passage particulièrement intéressant sur la notion de consentement, Jade alerte : « Dire non, c’est facile […], mais dès le plus jeune âge, à l’école, on devrait aussi nous apprendre à appliquer ce non. »

Réalisation :

  • Julie Talon

Pays :

  • France

Année :

  • 2019

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